Pierre Jean Jouve

<p>Pierre Jean Jouve</p>

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NU(e) 28 — Pierre Jean Jouve.

Entretien avec Yves Bonnefoy et François Lallier (extrait)

extrait

<EM>F.L. Cher Yves, vous avez été proche de Pierre Jean Jouve pendant une certaine période, et vous êtes donc l’un de ceux qui aujourd’hui peuvent porter témoignage non seulement sur son oeuvre, comme vous l’avez fait en 1972 pour le cahier de l’Herne, mais encore sur ce que fut sa présence. J’aimerais vous entendre parler de cette présence, de cette proximité, - de cette amitié, en bref, aussi complexe que celle-ci ait pu être. EM>

Y.B. Essayons. Il est sûr que j’aimerais perpétuer les aspects de cette présence qu’il m’a été possible de percevoir : si attachante était-elle, cette présence, en dépit de bizarreries où les menus travers se mêlaient aux grandes vertus de façon parfois tout à fait déconcertante. J’admirais Pierre Jean Jouve, là où il était, dans le lieu de la poésie, à côté des grands de notre modernité, mais Pierre, Pierre tout simplement, c’est tout autant celui-ci que je voyais vivre avec une fascination souvent amusée, et dont je partageais les perplexités et les surprises avec ses quelques autres amis, lesquels le regardaient avec à peu près les mêmes yeux. Avec affection toujours, ces échanges. Mais il y paraissait aussi, quelquefois, quelque tristesse, car il arrivait assez fréquemment à Pierre de décider qu’il était fâché avec tel ou tel, en dépit de l’authentique amitié qu’il portait à cet être proche, ou plutôt à cause de cela même. Il s’imaginait trahi, en effet, trahi de façon tout à fait inattendue, incompréhensible, et en souffrait alors avec autant de colère qu’il avait mis de ferveur dans la relation désormais brisée. Ce fut ce qui arriva à Pierre Leyris, après de longues années d’amitié sérieuse et confiante, pendant les dernières desquelles j’entendis Jouve me parler de cet autre Pierre avec une profonde estime. Et ce fut ce qui m’arriva aussi, Jouve soudain fut la froideur même, et ceci d’ailleurs, au moins pour une part, parce que je ne l’avais pas suivi dans sa condamnation désolée de Pierre Leyris.


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