Claude Louis-Combet et Henri Maccheroni.

<p>Claude Louis-Combet et Henri Maccheroni.</p>

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NU(e) 27 — Claude Louis-Combet et Henri Maccheroni.

Entretien avec Tessa Tristan (extrait)

extrait

<EM>T.T. : Ce numéro spécial de la revue Nu(e) qui vous est consacré a été entièrement illustré par Henri Maccheroni. Il me semble que c’est de votre part un choix signifiant... Il y a eu « rencontre » entre vous et Henri Maccheroni. Celle-ci s’est faite en plusieurs temps : tout d’abord, vous découvrez son travail par l’intermédiaire d’un livre, au travers des Cent photographies choisies dans la série des deux mille photographies du sexe d’une femme , publié par Roger Borderie en 1979. Ensuite, presque vingt ans plus tard, vous entrez en correspondance avec lui et finissez par le rencontrer réellement. Débute alors une grande amitié qui va s’accompagner d’une collaboration intense. En effet, fin 2000, vous participez au numéro spécial de la revue Obliques consacré à Henri Maccheroni, 2000 photographies du sexe d’une femme et surtout, vous écrivez à partir de ses photographies de sexe choisies dans plusieurs séries, Le Chemin des vanités d’Henri Maccheroni paru aux éditions José Corti. Vous « croisez » également vos oeuvres respectives dans un superbe livre d’artiste Corpus Christi (où vos textes manuscrits s’allient àdes lavis originaux de la série des christs) qui a été ensuite publié aux éditions Léo Scheer... Que représente pour vous cette oeuvre ? Comment la percevez-vous ? Dans quelle mesure celle-ci s’intègre-t-elle à votre vision et à votre oeuvre - je n’ose dire àvotre vie intérieure ? EM>

C.L.-C. : La rencontre avec l’oeuvre d’Henri Maccheroni puis avec l’homme est advenue dans ma vie de la façon la plus conforme à mon tempérament, à mon goût, à mon sens de la qualité des rapports humains. Le hasard, qui m’a gratifié d’innombrables bienfaits, m’avait mis sous les yeux le petit volume des photographies du sexe d’une femme précisément au moment où je venais de publier ma première mythobiographie, Marinus et Marina , et où je me trouvais très mobilisé intérieurement par la quête de l’identité sexuelle, par la question de la spécificité du féminin et par l’application à une écriture de l’éros en-dehors de tous les poncifs et de toutes les vulgarités enfantés par les épigones de Sade et de Bataille. Le thème, fortement narcissique, de l’attention amoureuse de la femme pour son corps et son sexe courait depuis le début à travers mes livres et culminait à présent dans Marinus et Marina , où l’on voit que l’organe féminin est l’objet d’une contemplation adorante aussi proche que possible, mais aussi éloignée, des pratiques d’inspiration religieuse et mystique. Les photographies réalisées par Henri Maccheroni se situaient exactement sur l’axe de ma propre recherche esthétique et spirituelle - je pèse bien le sens de ce terme. Le sexe de la femme dévoilé dans tout son épanouissement par le photographe prenait pour ma sensibilité très avide de compenser l’absence divine par la présence d’une essence charnelle, ayant valeur de signe irréfutable, une dimension proprement épiphanique. Plus qu’un emblème, plus qu’un blason, c’était une figure quasiment sacramentelle. Ainsi le regard que je portais sur cette collection d’images n’était pas celui d’un libertin, mais celui d’un homme démuni de ses attaches surnaturelles, nostalgique de communion, et enraciné en amour de femme. Au demeurant, je n’avais pas besoin de me coller à ce livre. Il me suffisait de savoir qu’il existait, dans le rayon de ma bibliothèque, clos sur un contenu de beauté susceptible d’alimenter une rêverie infinie. Et je ne songeais aucunement à rencontrer l’artiste en personne. Cependant, j’entretenais en moi mon admiration, avec le désir d’écrire un jour sur le sujet, si l’occasion m’en était donnée. Je m’en remettais au temps.


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