James Sacré

<p>James Sacré</p>

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Nu(e) 15 — James Sacré

Entretien avec Antoine Emaz (extrait)

extrait

Tu voyages beaucoup. Mais dans les poèmes, ce qui t’intéresse me semble-t-il, c’est de retrouver plus que de découvrir. Est-ce vrai ? Par ailleurs, tu vis aux Etats-Unis depuis des années, et je suis frappé par la quasi absence de la langue étrangère, comme si écrire ne supportait pas d’incrustation, à part les noms de lieux. Pourtant, tu es au moins bilingue... et d’autres, parmi les plus grands, ont basculé sur la langue d’accueil. Alors ? Est-ce qu’il n’y a pas eu assez accueil, ou bien trop d’exil, ou bien ?...

Tes deux premières questions me semblent n’en faire qu’une : voyages ou poèmes c’est tout un peut-être. Et peut-être aussi que je ne sais pas vraiment après quoi je cours dans ces voyages, pas plus que dans l’écriture des poèmes - mais il arrive ceci que dans les deux cas en effet je « retrouve », et n’est-ce pas là une vraie découverte ?
Revenir en effet, souvent, de loin à ici. D’une autre langue à la mienne... Et d’autant plus facilement justement parce que ma langue (le français que je parle) n’est pas si pleinement la mienne : je ne suis certes pas bilingue (j’ai toujours eu beaucoup de difficulté à apprendre et à pratiquer une langue étrangère), j’ai été plutôt, dès l’enfance, un mauvais bilingue entre patois poitevin et français de l’école primaire. Et somme toute c’est cette situation de bilingue raté que je « retrouve » en vivant aux Etats-Unis. Les quelques langues que j’ai fréquentées m’ont toujours été en fait un complexe d’accueil-exil.
Sans doute que je suis sensible à des « nouveautés » dans le voyage, et à des façons de dire, à des mots aussi, dans une autre langue - mais ces nouveautés me sont toujours, très vite, des occasions d’y voir ce qui m’est familier (et d’y voir également, souvent, ce qu’il y a toujours de surprenant et que je voyais mal dans ce qui m’est « familier »). J’évite les incrustations parce qu’elles me semblent être l’équivalent d’un naïf et mauvais tourisme... mais par contre la langue étrangère entraîne la mienne (j’en fais l’expérience) en des rythmes et des musiques qui sont cela que je n’attendais pas sans doute : le mélange du même et de l’autre, et l’intrication de l’étrangeté et du familier.


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