Nasser Assar et Yves Bonnefoy

<p>Nasser Assar et Yves Bonnefoy</p>

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NU(e) 13 — Nasser Assar et Yves Bonnefoy

Entretien avec Jérôme Thélot (extrait)

extrait

<EM> J. T. : Diriez-vous que vous peignez l’apparence ? Que votre peinture est mimétique ?<BR>EM> Nasser Assar : Non, car comme je viens de vous le dire, je ne veux pas m’arrêter à l’apparence. Mais cela ne veut pas dire que j’élimine d’emblée la ressemblance. C’est pourquoi je ne récuse pas le qualificatif de « mimétique ». Si « cela » qui est censé être derrière l’apparence transparaît, la tâche du peintre est accomplie. Sinon, c’est qu’il est resté à la surface des choses. <BR><EM> J. T. : Le vocabulaire reçu de la théorie de l’art n’est pas fait pour convenir à une œuvre qui rend céleste la matière demeurée concrète. Vous sentez-vous des affinités avec la musique ? Avec quelle musique particulière ?EM><BR>Nasser Assar : Pour reprendre la division platonicienne, la peinture fait partie des arts mimétiques, alors que la musique n’en est pas. Certes le vocabulaire de la théorie de l’art emploie souvent des termes musicaux d’une manière métaphorique, et la musique, à son tour, des termes qui relèvent de la théorie de l’art pictural (harmonie des couleurs, gamme chromatique, etc.) ; mais pour moi l’affinité entre la musique et la peinture est d’un autre ordre, plus radical, essentiel. Pour la saisir, il faut chercher l’origine commune à l’émotion provoquée et par la musique, et par la peinture. Autrement dit : ce qui nous émeut dans la vue d’un objet est peut-être de même nature que ce que la perception d’un son provoque en nous. C’est dans ce sens que j’entends la musicalité en peinture. <BR>Mon goût pour la musique s’est développé tardivement parce que dans ma famille, plutôt traditionnelle, on n’en écoutait pas. D’ailleurs, la radio, les disques et autres moyens d’écoute étaient presque inexistants dans le Téhéran d’alors, - ne parlons pas de salles de concert ou d’opéra : il n’y en avait pas. Lorsque, adolescent, j’ai commencé à écouter de la musique, c’était avec quelques amis : nous mettions nos ressources en commun et nous nous servions des moyens du bord (disques 78 et 33 tours). Nos choix étaient plutôt guidés par le hasard de ce que nous trouvions dans le commerce. Assurément, l’objet de notre prédilection c’était la musique occidentale - musique que nous découvrions dans le désordre. Nous entendions aussi bien la musique baroque que la romantique, et c’était davantage celle-ci qui nous touchait. Plus tard, nous nous sommes tournés vers d’autres musiques : jazz, musique classique de l’Inde, et seulement alors musique traditionnelle persane !<BR>Aujourd’hui, quand j’écoute de la musique, je reviens souvent aux mêmes compositeurs : Bach, Mozart, Beethoven, Schubert. Ils ont mon adhésion totale. À partir de l’école de Vienne, mon adhésion est ardue ; mais j’essaie de rester ouvert. Ainsi Benjamin Britten, Penderecki, Ligeti me touchent.


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