Jacques Kober

<p>Jacques Kober</p>

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NU(e) 9 — Jacques Kober

Entretien avec Daniel Leuwers (extrait)

extrait

<EM>Daniel Leuwers : Vous avez publié en 1997 un petit recueil, La disparition Fellini (Rafael de Surtis éditions) qui force mon admiration. Ce n’est plus « les mains éblouies » (pour reprendre le titre du bel ouvrage - éditions Gilletta - publié en 1996, qui rassemblait vos écrits sur l’art), mais les yeux éblouis, que je suis allé vers ce recueil où l’amour a un goût d’eau claire et de savon, et va directement au corps, sans romantisme déclaré ni rentré. Les feuilles vertes de troène y épousent une toison d’or qui devient vigne-vierge. Il y a du « fruité italien » dans ce recueil où la vie poissonneuse fond dans une apesanteur qui la relance. La « salive blessée » est sa source, sous le signe - même disparu - de Fellini. Et j’ai envie de vous demander, à la lumière de cet ensemble et de quelques autres : pourquoi y a-t-il tant d’Italie dans votre œuvre ? EM>

Jacques Kober : Depuis Montaigne et son voyage à Rome en 1581 jusqu’à David Herbert Lawrence en 1921 (Sardaigne et Méditerranée) qui se débarbouille de « l’écran des idées », l’Italie géographique persiste incontournable en littérature. Lawrence n’est pas ici par hasard, c’était mon grand homme jusque vers les 20 ans pour la matière inconciliable de ses quatre ou cinq grands romans, sa vie inconciliable dans son destin, « sur une mer froide, sombre, inhospitalière », fuyant le bronzing mais se guérissant aux traces terreuses et à la face occulte de l’étoile soleil. L’Italie demeure à forte connotation paysanne, encore en face à face avec « l’ager romain », la cambrousse. C’est moins de 7 % de la population active en France qui ressortit du secteur agricole pour, en Italie, plus du triple. L’Italie qui me touche n’est pas celle des « ragioniere » (employés de bureaux, cols blancs, intellos), celle que le petit peuple salue, cauteleusement, mais aussi les jugeant indéchiffrables comme des Martiens, de « professore, dottore, comandante ou commendatore ». J’aime le pays des « contadini » (gens de la campagne, métayers, maçons, pêcheurs du coin), sorte de « rangers » à la Pavese parmi les tranches de cassata des collines et les caillots d’irrigation. La polenta de maïs fume encore, versée brûlante dans la serviette immaculée (comme dans le tableau de Longhi) puis sitôt figée et divisée avec un fil, elle s’avale seulement coupée de grandes rasades de lune claudicante. Extraordinaire agrégation tenace et quelque peu paillarde des ex-barbares des Invasions et des ex-esclaves du Bas-Empire, Illyriens, Lombards, Vénètes, Parthes, Vandales, Numides, Goths et j’en passe, brassage consistant comme le Gattinara, vin tellement lourd et plombé de Lombardie qu’on ne le commercialise qu’au bout de dix ans de millésime, mais agrégation adéquate à la probité saoule de la terre et son tanin.


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