Bernard Vargaftig (épuisé)

<p>Bernard Vargaftig (épuisé)</p>

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NU(e) 7 — Bernard Vargaftig (épuisé)

Entretien avec Bernard Vargaftig (extrait)

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<EM>Comment travaillez-vous ? Comment écrivez-vous ? EM>

Je suis tenté de vous répondre que je n’écris pas, je marmonne. L’essentiel de mon travail passe par le souffle, par la bouche. Ce n’est que quand quelques mots ont l’air de s’être solidifiés que je vais à mon ordinateur et que je les dactylographie. J’ai acheté ma première machine à écrire à 23 ans, en 57. Elle était anglaise ou américaine, elle n’avait pas les e avec accent. C’était ce qu’il y avait de moins cher. Il était insupportable de voir un mot mal écrit, d’avoir un accent au crayon. Je suis toujours mal, j’ai toujours physiquement mal devant une page qui n’est pas impeccable. Vous voyez à quel point l’écriture compte ! J’ai besoin de la netteté de la page. Ou de l’écran . L’écrit me paraît ainsi plus impersonnel. En tapant directement, j’ai, face au texte, me semble-t-il, un peu de cette distance qui fait qu’il se détache mieux. <BR>Très longtemps, je n’ai travaillé que le dimanche et pendant les vacances. Mais c’est une façon de parler. J’allais au collège à pied, et je faisaistourner les mots en essayant d’ailleurs de ne pas remuer les lèvres... J’oubliais souvent ce que j’avais trouvé. Cela m’arrive encore aujourd’hui. Quand je parviens à re­constituer, c’est que ça tient debout. Sinon, il vient lentement autre chose. <BR>Depuis une dizaine d’années, je travaille le plus quotidiennement pos­sible, et le matin. Jusqu’à 11 heures ou midi. Si je continue au-delà, mon esprit tourne tout seul, et ça ne donne rien de bon. Mais il est vrai que je me sur­prends fréquemment à marmonner dans l’après-midi ou le soir, et même la nuit. C’est quand - même si je ne le sais pas encore - je n’ai pas abouti à quelque chose de satisfaisant, ne serait-ce que deux mots. Et dans ce cas-là, casser est plus difficile, beaucoup plus difficile que construire.<BR>Ce que je vous dis là est vrai mais bien superficiel. J’écris chacun des textes en même temps que le livre. Car le « poème », c’est le livre, avec son titre. C’est pourquoi je détermine la forme de chaque séquence en même temps que la forme de l’ensemble. L’une dicte l’autre et réciproquement. Et il ne faut pas oublier que l’une et l’autre sont dictées pas les livres précédents. Je ne sais ja­mais ce qui va venir. Rien, rien n’existe vraiment avant que je n’aie écrit le der­nier mot et mis en place l’ensemble. Au deux tiers du livre ce qui a été écrit me conduit - et ce n’est jamais facile -au titre. Il doit être il doit parler plus haut que l’ensemble. Autant le poème est oral, autant le titre a besoin d’être écrit. Un titre, il faut le voir avant de l’entendre... Quand je l’ai trouvé, j’écris le derniertiers en fonction de la direction, de l’impulsion qu’il donne. Ce travail d’archi­tecture ressemble à ce qui , pour moi, se passe dans la musique...


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