Jacques Réda (épuisé)

<p>Jacques Réda (épuisé)</p>

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NU(e) 5 — Jacques Réda

Entretien avec Claude-Pierre Perez (extrait)

extrait

<EM>5. On est tenté de regarder le Paris des Ruines de Paris comme une métaphore de la poésie. Ruines de Paris, ruines de la poésie, ruines du sacré aussi... La poésie, qui a parfois affiché, et qui continue parfois d’afficher des ambitions démesurées, est par vous ramenée assez durement (malgré le sourire) à plus de modestie : non pas l’Etre, mais ses ruines, ou disons ses banlieues ; non pas la Voie Sacrée du Langage, mais l’herbe des talus. Vous vous reconnaissez dans cette ébauche de description ? EM>

J’ai pour principe de ne jamais discuter les interprétations qu’on donne parfois de mes livres, et de me méfier de celles que j’en pourrais moi-même donner. J’aime alors mieux écrire autre chose. Si tout est ruine, je le suis aussi, et c’est ma façon de me reconstruire. Mais le monde est neuf - actuel - à chaque instant. Les mots à majuscule m’attirent en effet moins que l’herbe et que les rues.

<EM>6. La cohabitation, et même l’entrelacement, de la prose et du vers dans plusieurs de vos livres est une conséquence de cette crise ? De cette « ruine » de la poésie ? Croyez-vous ? EM>

Un jour où je m’enlisais dans le développement d’un texte en prose, l’idée (l’envie) m’est venue subitement de continuer en vers (en vers réguliers, comme de juste, sinon où seraient la différence - et le plaisir ?), et j’ai utilisé cette méthode ensuite dans d’autres circonstances, aussi longtemps que j’ai pu le faire avec naturel. A présent, j’en suis incapable (la crainte du système m’a bloqué). C’est d’ailleurs un très ancien genre. La Fontaine l’a merveilleusement illustré.

<EM>7. S’il vous fallait dresser un état descriptif de la poésie en France aujourd’hui, que diriez-vous ? EM>

Je prendrais un air désolé, et je dirais que j’ai un rendez-vous demain matin à l’autre bout de la planète, pour y étudier longuement l’ornithorynque et le chardonnay australiens.


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