Salah Stétié (épuisé)

<p>Salah Stétié (épuisé)</p>

Lire aussi :
NU(e) 3 — Salah Stétié

Entretien avec Béatrice Bonhomme (extrait)

extrait

<EM>Vous avez rencontré Pierre Jean Jouve. Quel souvenir gardez-vous de lui ? Quel est le thème qui vous frappe le plus dans son oeuvre ? Existe-t-il un lien entre sa poésie et la vôtre ? EM>

Salah Stétié : J’ai fait mieux que rencontrer Pierre Jean Jouve : je l’ai accompagné de ma présence, plus ou moins effective, sur près de trente ans. C’est vers les années cinquante - j’étais alors étudiant en Sorbonne - que l’un de mes amis poètes Yves de Bayser, qui était l’un des familiers de Jouve, m’a emmené chez lui. Je connaissais l’oeuvre de Jouve et j’étais un passionné de cette grande musique qu’on trouve dans ses principaux recueils : Matière Céleste, Noces, Sueur de sang, etc. Je me récitais aussi comme un texte de poésie pure les premières pages de Paulina 1880, à savoir la description de la « chambre bleue »... Il faut dire que j’avais été introduit à l’oeuvre de cet immense poète par le meilleur initiateur qui soit, qui était un très subtil critique, mon maître, et l’ami de Jouve : je veux parler de Gabriel Bounoure, l’un de ces esprits extraordinairement déliés, l’une de ces sensibilités à vif, faites de limpidité et de réserve obscure, à qui beaucoup doivent leur approche fascinée du poème. Bounoure, dont je viens de préfacer des textes liés à l’Orient et qui ont paru récemment aux éditions Fata Morgana sous le titre Fraîcheur de l’Islam. Bounoure a vécu plus d’un quart de siècle dans mon pays, le Liban, et j’avais eu le privilège, avant de devenir son ami proche, d’être son élève à la célèbre Ecole de Lettres de Beyrouth dont il était le fondateur et le directeur. Jouve était impressionnant d’acuité et de pureté. On sentait avec force son appartenance au monde spirituel, sa participation intérieure à tout ce qui donne à la parole son poids de vérité et, aussi, sa puissante légèreté lyrique. Il y avait tout un rituel de l’approche de l’homme Jouve - et de son épouse, psychanalyste, qui fut l’élève directe de Freud, Blanche Reverchon -, un rituel où le cérémonial le disputait à la qualité d’écoute et, paradoxalement, à la simplicité. On écoutait, fasciné, le poète parler de... lui-même et de ses difficultés dans l’élaboration de l’oeuvre : oui, je crois pouvoir le dire maintenant, ce que Jouve demandait le plus à son interlocuteur, c’était de savoir écouter, de savoir l’écouter.


Numéro épuisé