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L'avancée

Philippe Raymond-Thimonga
extrait

Et puis reprendre...
Le pas, le geste, le souffle où la vie plonge et scintille de ta rage, de ta plainte, tu pousses la porte qui donne sur la ville, ça y est, tu es dehors, tu marches entre le fracas immobile des façades, ce soir, leurs murs dorés par le désir des hommes et qui sombrent, pour une nuit, un instant, dans tes bras.

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Tu ne sais plus très bien pourquoi la vie rayonne, pourquoi vivre, quel sens donner au flux qui t’anime et tue la patience, éteint les lumières autour de toi une à une, sans phrase, sans signe, un sourire d’excuse... Tu voudrais pouvoir progresser au milieu de la fuite des clartés, te tenir droit, tu voudrais...

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A présent je t’aperçois sous la douche d’un néon, orange, égaré à l’angle de la rue tu sembles heureux, tu es sorti, c’est ça, tu as poussé la porte et repris la route, tu inclines la tête, écartes doucement les ombres qui nagent autour de toi, comme toi, pas comme toi, à la recherche du sens de la fuite de tout entre le murmure des façades, leur chant maintenant apaisé rassure, on s’y retrouve, on y retourne, nous y reconnaissons la voix caressante du désastre.

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Ne pas se retourner
c’est écrit
tatoué
à l’encre douce sur ton dos.

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Trouvant la brèche où courir entre les piétons tu commences à t’interroger sur la présence quand même intrigante de celui, d’elle, de cette voix qui te suit, semble te suivre et veut parler de toi. Tu hésites, tu...
penses qu’il ne faut pas s’arrêter, se tromper, risquer l’échappée alors tu fends les ombres tendrement qui trempent sous les enseignes, floutées, étonnées par tant de solitudes, tu es loin déjà ayant pris de l’assurance tu avances plus vite et pourtant je suis toujours là, tu le sais, ne cherches pas à le nier juste tu t’interroges sur cela qui te suit, ce soir, mais aussi bien les autres soirs, et qui semble, c’est curieux, vouloir parler de toi.