Éditions

Le Peintre Absent

Arnaud, Fabienne, Murielle, Maud et Alban Villani

Le Peintre Absent, par Arnaud, Fabienne, Murielle, Maud et Alban Villani, Éditions de la revue Nu(e).

extrait

Dédicace

Lorsque l’idée m’est venue un jour de réunir les membres de ma famille pour écrire un « livre à cinq mains », je me suis posé un moment dans le chalet de montagne familial pour trouver un sujet.

Quantité de livres ont été faits à plusieurs, parfois rédigés par « les écrivains de la fa-mille ». L’avantage dans ce cas précis était que notre famille était assez nombreuse et que tout le monde avait, au-delà du talent qu’il est difficile de juger lorsque l’affectif est en jeu, un désir d’écrire, voire un besoin.

Les idées les plus saugrenues surgissaient dans ma tête - le fantastique étant mon do-maine de prédilection - mais avaient toutes un point commun. Celui de traiter de la vie d’une famille à travers l’Histoire, en mélangeant des points de vue générationnels et en les liant par une quête mystique. L’objectif secret était de créer une fresque dramatique autour d’une famille sur le modèle du Parrain.

Par un malheureux concours de circonstan-ces, c’est à peu de choses près ce qui est arri-vé, puisque ce recueil d’essais et de nouvelles présente différents points de vue sur le décès d’un individu au centre et à l’origine de notre famille même, un jeune napolitain devenu chef de clan, un jeune écrivain et artiste devenu sujet de nos textes : mon grand-père, Mario Villani.

« Son histoire à travers nos yeux.
Notre histoire à travers ses yeux.
 »

Cette préface dissimule en réalité une dédicace. Il semble inutile de dire que cette œuvre est dédiée à Mario Villani, puisque quel livre, à part les plus mauvais d’entre eux, ne sont pas dédiés à leurs sujets ? De plus, il paraît évident que l’influence de Mario et l’amour que nous lui portions tous, transpirent à travers ces pages. Non, c’est à quelqu’un d’autre que je pensais, quelqu’un qui aurait dû avoir sa place dans ce livre, mais pour qui le travail aurait été trop dur : ma grand-mère.

Mon hommage sera simple puisque je tenais à lui dire que c’était d’elle - et d’une certaine manière de Mario - que je tenais ma passion pour les histoires et en particulier leurs adaptations au cinéma, grâce à ses milliers de films anciens ou modernes qu’elle stockait pour mon plus grand plaisir, non exclusif, lors de mes passages chez elle. Ma grand-mère m’a dit récemment qu’elle regrettait avec Mario de ne pas m’avoir vu plus souvent, au contraire de mes sœurs et de mes cousins. J’aimerais lui répondre, avec le temps de réflexion qui me caractérise, que s’ils ne me voyaient pas (en-fermé que j’étais dans la chambre noire à visionner des films), moi, je les voyais tou-jours dans les personnages des films de cape et d’épée, des westerns, des films policiers et des comédies romantiques. Leur longue vie me faisait rêver et continue de me faire rêver, puisque, aujourd’hui encore, je retrouve un peu d’eux dans les héros des films modernes.

J’aurais aimé que tout ce qui a été écrit dans ce recueil ait été lu par Mario. Il savait que nous l’aimions, mais en avait-il eu le témoi-gnage absolu de son vivant ? Dire les choses à quelqu’un avant qu’il ne disparaisse est un travail de grand horloger. Les lui dire tout au long de sa vie est le travail d’un petit-fils, d’un enfant, d’un frère ou d’une sœur. Le travail d’un lien du sang.

Je ne ferai plus la même erreur.

J’aime à croire que notre famille ne fera plus la même erreur.

J’aime à croire que personne, nulle part, ne fera plus la même erreur.