Alain Suied

<p>Alain Suied</p>

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Alain Suied, Poèmes

extrait

I

Qui témoigne pour nos blessures ?

C’est par inadvertance que vient
l’arbre dans la terre, c’est par jeu
que la feuille naît dans l’arbre
et nul ne sait pourquoi le vent
et la pluie décident soudain
de se perdre dans ses branches.

Tu pourrais vivre sans savoir
mais qui peut vivre sans témoin ?

C’est par inadvertance que vient
la faim sous la dent, c’est par jeu
que la proie devient mâchoire
et nul ne sait pourquoi le sang
et la blessure décident soudain
de hanter les rêves de la terre.

Tu pourrais vivre sans savoir
mais qui peut vivre sans témoin ?

C’est par inadvertance que vient
la pensée dans la chair, c’est par jeu
que le fantôme revient dans le coeur
et nul ne sait pourquoi la mémoire
et la justice décident soudain
de témoigner pour nos blessures.

Tu pourrais vivre sans savoir
mais qui peut vivre sans témoin ?

II

Qui porte mon visage ?
Est-ce moi ? Est-ce toi ?
Mémoire - tel est ton nom, visage !

Le visage est lourd, le visage est léger
des générations de silence
des gouffres traversés
des rires et des douleurs
le visage ne sait que refléter
la lumière d’un espace inconnu
oublié ou futur
le visage est tout ce qui n’est pas moi
le visage aux sept portes
ouvre sur l’inconnu du monde.
Qui invente mon visage ?
Est-ce toi ? Est-ce moi ?
Visage - tel est ton lieu, mémoire !
L’inatteignable : tel est le visage.
Et comme l’horizon, il brille
presque dénué de sens
nu, premier, natal.
Qui revient dans le visage ?
Est-ce toi ? Est-ce moi ?
Le visage aux sept nuées
ouvre sur l’inconnu du monde.

III

Tu transportes sans le savoir
une cargaison de souffrances
et de trahisons - mais tu es
celui qui mens et celui
qui souffres. Tu es l’illusion
et celui qui paie le prix
de l’illusion.
Tu transportes sans le savoir
dis-tu, le sort ou le deuil
du monde.

Qui joue sur la surface
des eaux, quel reflet des profondeurs ?
Qui revient dans les traits
du visage, quel inaccessible amour ?
Et soudain, par inadvertance
ton refus se transforme en destin
et soudain, par inadvertance
dis-tu, tu délivres sans le savoir
les fantômes et les blessures
du silence.
Tu transportes sans le savoir
une cargaison d’espérances
et d’offrandes - mais tu es
celui qui donnes et celui
qui reçois.Tu es le passage
et celui qui bâtis le pont
du passage.
Tu transportes sans le savoir
dis-tu, la mort ou le seuil
de l’amour.


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